LE TRAVAIL > S'adapter, toujours s'adapter
Le monde du travail est de plus en plus exigeant et déboussolant. Il demande aux salariés une constante adaptation à des situations compliquées et fluctuantes. L'individu flexible vit une solitude déstabilisante. Quels peuvent être, dans ce contexte, les apports d'une théologie du travail ?
---Le travail, ces vingt dernières années, est devenu beaucoup plus exigeant. Dans le privé, autant que dans le public, les salariés ont dû faire face à des demandes nouvelles et multiples. Il a fallu, souvent, pour commencer, faire des économies. Pour cette raison, les effectifs ont diminué. On fait le même travail à un de moins, puis deux de moins, puis à trois de moins, etc. Ou bien les mêmes équipes prennent en charge plus de travail. Dans le même temps, il a fallu fournir des produits et des services de meilleure qualité et, donc, respecter des procédures parfois complexes, répondre à un nombre de réclamations croissant ou assurer la traçabilité du produit. Les produits et les services se sont incroyablement diversifiés. Qui accepterait, aujourd'hui, d'acheter une voiture unicolore et sans options ? Qui voudrait simplement aller acheter son pain dans une boulangerie qui ne vend qu'un seul type de pain ? Qui souscrirait une assurance chez un agent qui lui proposerait un seul type de contrat ?
En bref, il faut, aujourd'hui, faire moins cher, de mailleur qualité, plus diversifié, tout en étant, comme on dit, réactif et à l'écoute du client ou des évolutions du marché. Rien n'est acquis et les marchés se retournent rapidement, les crises se multiplient, tandis que les attents des clients évoluent et restent souvent insaisissables. Desgrandes entreprises qui, naguère, dominaient leur marché ont vu la concurrence internationale les rattraper. Des entreprises publiques en situation de monopole se retrouvent, désormais, dans un contexte concurrentiel. Les administrations elles-mêmes doivent de plus en plus tenir compte des attentes des usagers, tandis qu'on fait pression sur les moyens humains et financiers afin d'utiliser au mieux l'argent public.
Comment faire face à une telle évolution ? Quelles ressources les salariés d'aujourd'hui ont-ils à leur disposition pour répondre aux attentes écrasantes qu'on leur adresse ?
Il y a d'abord des ressources technologiques. Il est certain que, sans l'assistance de grands systèmes informatiques, il serait impossible de gèrer des gammes de composants explosives ou des produits financiers complexes. Certaines avancées technologiques, en plus des gains de productivité qu'elles ont produits, ont aussi permis d'améliorer la qualité et la fiabilité des produits. Mais, en même temps, ces nouvelles possibilités ont créé de nouvelles attents de la part des consommateurs et, de ce fait, n'ont pas simplifié le travail des salariés. Celui qui s'est déjà trouvé dans un banque face à un conseiller financier incapable de maîtriser la complexité de l'emprunt qu'il propose comprendra ce que je veux dire !
Changements Rapides
Par le passé, un salarié pouvait compter sur le temps et sur l'expérience pour maîtriser une situation complexe. Mais le temps est aujourd'hui devenu une denrée rare. Il faut souvent se dépêcher dans son travail et les changements et les crises sont devenus si fréquentes qu'il est presque impossible de s'habituer à une situation. Il faut improviser et tâtonner de plus en plus souvent.
Peut-on alors compter sur les collègues pour faire face à une difficulté ? Oui, sans doute, mais les collectifs de travail sont, aujourd'hui, largement "détricotés". Les équipes sont plus petites, les collègues ont moins de temps disponible et les personnes-ressources ne sont plus toujours les collègues les plus proches. Les groupes de travail transversaux se multiplient. Il faut apprendre à aller chercher l'information pertinente dans des systèmes informatiques ou alors décrocher son téléphone pour interroger la personne dont on suppose qu'elle aura la réponse à la question que l'on pose. De la sorte, en cas de coup dur, le salarié est largement renvoyé à sa capacité individuelle à mobiliser un réseau informatique ou un réseau de connaissances fluctuant et fragile.
L'organisation peut apporter elle aussi des ressources en proposant des modes d'agir ou des collaborations standard dans des cas difficiles. Elle peut favoriser l'apprentissage individuel et collectif. Cela dit, les dimensions multiples des exigences actuelles conduisent à ce que les organisations font de moins en moins systématiquement: elle parviennent à décrire plus ou moins une des facettes de la performance mais elles butent sur des dilemmes entre coût, qualité, variété et réactivité. La rapidité des changements et des crises contribue, là aussi, à miner leur efficacité.
Les salariés sont, de plus en plus, mis à l'épreuve en temps réel
Alors, que reste-t-il ? Les ressources individuelles ? Eh oui, on en vient là. L'élévation du niveau de formation permet à des salariés mieux formés d'embrasser une plus large gamme de questions. Celui qui gagne en capacité d'abstraction peut gérer des situations plus variées et plus complexes. Cela dit, il serait naïf de croire que le savoir individuel va rêgler la question, là où l'organisation patine et là où l'expérience n'a pas le temps de se construire et de se solidifer. Les salariés sont, de plus en plus, mis à l'épreuve en temps réel. Il doivent mobiliser un réseau de connaissances dans une arborescence, mobiliser quelqu'un d'autres, mais surtout se mobiliser aux-mêmes. On leur demande de se donner à fond pour un résultat qui reste d'autant plus incertain que les avantages concurrentiels sur les marchés se retournent sans cesse.
Cet individu flexible qui fait face, dans une solitude croissante, à la production flexible et à l'infinie variation des caprices du client est-il une figure enviable de l'hypermodernité ? Il me fait plutôt penser à ce commentaire de l'Ecclésiaste: "Malheur à celui qui est seul et qui tombe ; il n'a pas de second pour le relever".
Article de presse de Frédéric de Coninck (sociologue du travail)
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Pour ma part, c'est ma grand-mêre qui est tombé sur cette article et qui lui a appris les périples "véridiques" qui je tentais de lui expliquer depuis 3 mois...
Maintenant, dans le cadre de mon expérience pro., cette article résume parfaitement ma situation.
Et vous ?