ideo
Tuesday 27 July 2004 à 09:28
quand j'étais jeune, j'étais idéaliste...
quand j'étais jeune, j'aimais déjà l'espagne
quand j'étais jeune, je rêvais aussi de vivre en communauté
quand j'étais jeune, avec mon fiancé de l'époque, on était allé passer quelques temps sur une île, près de cadaquès. les gens du coin l'appelaient "la isla de los artistas". c'était un genre de squatt d'été où vivaient tout un tas de gens tout nus. une grande partie d'entre eux étaient, comme nous, des jeunes rêveurs qui se donnaient l'illusion de se la jouer un peu woodstock, le temps d'un été... mais il y avait aussi des gens qui étaient sur la route, et d'autres, peut-être, qui vivaient là pour de bon.
il y avait une grande maison, là, toute tarabiscotée, avec une petite tour ronde et quelques aménagements en dur, comme des bancs le long du mur, ou des genre d'étagères... elle commençait déjà un peu à s'écrouler par endroits, et elle avait été entièrement redécorée par les gens de passage, à grand renfort de coquillages collés, de fleurs et de feuilles multicolores, réelles ou dessinées, et surtout surtout d'oeils, comme sur les temples de katmandou...
la légende voulait qu'elle ait appartenu à un franquiste qui aurait fini emprisonné...
en tout cas, on venait là, on s'installait où on voulait, dedans, dehors, n'importe où, et puis, en général, on essayait de partager ce qu'on avait. enfin, en gros, ça se limitait à ce qui se mangeait, ce qui se fumait et ce qui se buvait...
tout ça donnait une impression d'échange, d'entente, de communion, presque.
le hippie chevronné qui vivait là de façon quasi permanente connaissait les commerçants du village qui lui offraient les fruits et légumes qui leur restaient. et, le soir, ceux qui le voulaient pouvaient se joindre au repas dans la cuisine sans table, sans chaises et sans assiettes. ceux qui venaient apportaient à boire, à fumer, parfois un complément à manger... quelqu'un jouait de la guitare, certains chantaient et on passait la soirée dans une atmosphère chaleureuse et fraternelle.
un soir, un jeune est venu avec plusieurs bouteilles de bière et les a partagées avec tous. une fois qu'elles ont été finies, il est allé en chercher une autre, qui attendait au frais, dans le puits.
et là, le hippie chevronné, celui qui, à mes yeux, représentait le mieux mes rêves, s'est mis à l'agonir d'injures, lui demandant de quel droit il se permettait de lui voler ses bières...
après ça, l'atmosphère d'échange et de partage, j'y ai beaucoup moins cru.
et pourtant...
et pourtant, chaque fois, je continue à croire que ce devrait être possible.
et chaque fois, je suis toujours autant surprise, déçue et attristée quand l'individualisme, la mauvaise foi et les conflits reprennent le dessus.
il faut croire qu'idéaliste, je le suis toujours...
Trouvé ici :
http://www.20six.fr/weblogEntry/27pgqedn25z8